J’arrive tout juste d’un voyage de 10 jours à Paris. Nous habitions chez des amis, dans le XIIe arrondissement. Ils ont trois jeunes enfants et nous en avons deux alors inutile de vous dire que nous ne sommes pas trop allés au resto mais avons plutôt cuisiné de superbes bouffes chaque soir! J’étais déjà allé à Paris pour le travail, mais là, c’était la première fois que je pouvais y vivre la vie quotidienne des Parisiens: aller au marché acheter les fruits et les légumes, à la boucherie, à la boulangerie, la pâtisserie et au supermarché. Avec un tout petit frigo dans l’appart et 9 personnes à nourrir, inutile de vous dire que nous allions souvent faire les courses.
Comme j’adore aller à l’épicerie et au marché à Québec, j’avais vraiment hâte de vivre l’expérience en France. Dès le lendemain de notre arrivée, Ana, notre hôtesse, nous emmène faire les courses au Marché Daumesnil. Me voilà au paradis! Même si ce n’est pas un énorme marché, tout y est: poissons, viandes, volailles (avec les plumes sur la tête), fruits, légumes, fruits séchés et même des gugusses à 1 euro. La première chose qui me frappe est d’observer comment les gens sont fiers de leurs produits et comment les clients sont précis dans leurs demandes et enthousiastes quand les marchands leur répondent.

Je ne pouvais pas me lasser de regarder les vielles dames venir choisir leurs huîtres et s’exclamer de gourmandise en apprenant que leur variété favorite était de l’arrivage du matin. Ou encore ce pomiculteur m’accuser d’espionnage industriel en me voyant prendre une photo. Mais là où j’aurais passé la journée, c’est devant la table de la triperie. C’est là, en regardant travailler le tripier et son assistant, que j’ai pu vivre le dépaysement d’un petit québécois mangeur de cretons. J’avais envie de tout goûter, de savoir comment tout était fait. Il y avait beaucoup de monde autour du comptoir et je suis donc resté un peu en retrait, observant les allées et venues des clients gourmands. Cervelle, rognons, boudin, joue, tête, pieds, langues, boyaux, joue, coeur, panse, feuillet, crépine, rillettes, pâtés, salades et j’en passe! Tout avait l’air bon! Je n’ai rien acheté chez le tripier ce jour-là, mais je m’étais promis d’explorer le monde de la tripe les jours suivants!
C’est quelques jours plus tard, en visitant le boucher, que j’ai pu donner libre cours à mes bas instincts carnivores. Pendant qu’Ana faisait préparer le boeuf, je choisissais quelques délices: boudin blanc, saucissons, jambon et, j’en rêvais depuis que le tripier m’avais fait de l’oeil, de la salade de museau de boeuf. De fines tranches de viande dans une vinaigrette aux herbes… miam! Quand le boucher a demandé s’il en avait mis assez dans le petit contenant de plastique et qu’Ana a dit oui, j’ai failli en demander un peu plus, mais je me suis gardé une petite gêne!
Sur le chemin du retour vers l’appartement, nous arrêtons acheter des macarons et une baguette pendant que je rêve du moment où je communierai avec ma première tranche de museau. J’attends donc impatiemment que l’ami Clément revienne du travail pour déguster le tout entre hommes, car les filles sont un peu dégoûtées par l’idée du museau. J’avais mis de la bière au froid pour bien arroser le produit tripier tant convoité. Vraiment, j’avais l’estomac en fête!
Une fois le Clément en question arrivé du boulot, j’ouvre deux bières et nous sers chacun une belle portion de ladite salade de museau de boeuf. Il goûte un peu avant moi, occupé que j’étais à me faire un fond de bière adéquat pour bien accueillir le délice au nom si poétique. Non mais quel con, quel inculte, on dirait qu’il ne trouve pas ça bon. Je me dis que c’est parce qu’il travaille pour une grande maison d’édition et que ses patrons lui ont dit que les tripes, c’est pour les éditeurs de romans-savon. Je pique donc ma fourchette dans un beau morceau rectangulaire, légèrement rosé et morcellé de beaux petits ovales à la consistance adipeuse, bien déterminé à montrer à mon snobinard d’ami que moi, je connais ça les abats.
Vite, je porte le morceau à ma bouche et m’empresse de savourer ce que j’espère être une révélation gustative. Je laisse la mince pièce se déposer sur le siège de mes papilles gustatives et… ouais, j’ai peut-être encore un peu de bière de collé sur l’intérieur des joues parce qu’à part de me rappeler le corned-beef, ça ne goûte pas grand-chose! Clément, lui, fait passer le méchant à grandes lampées de bière. Moi, je ne veux pas y croire alors je reprends une bouchée, une vraie, avec des morceaux plein la fourchette. Pas vraiment meilleur. En fait, c’est les morceaux d’oignon vert qui sont les meilleurs! Même qu’on dirait qu’on est tombés sur le museau d’une vache qui aimait bien sentir le cul de ses voisines. Exit la salade de museau, vite une autre bière. Et moi qui avais peur d’en manquer… quel conard! Nous avons au moins pu nous régaler avec le reste des achats: le boudin, le jambon et les saucissons étaient délicieux.